Mauriac en ligne

Search

Recherche avancée

Conférence Saint-Paul – Le blé qui lève

Référence : MEL_0744
Date : 25/01/1908

Éditeur : Revue Montalembert
Source : 1re année, n°1, p.75-77
Relation : Notice bibliographique BnF

Version texte Version texte/pdf Version pdf

Conférence Saint-Paul – Le blé qui lève


Mercredi, 20 novembre

Le blé qui lève de René Bazin, par M. Fr. MAURIAC, licencié ès-lettres.

M. Mauriac est de Bordeaux. Il en a l'esprit fin, pénétrant, joyeux. Sa voix est faible, timide; son verbe incisif et mordant. Il faut prêter l'oreille pour l'entendre mais on prête si volontiers l'oreille à ses malices! Il ne résiste pas au plaisir de lancer quelque trait à ses amis les meilleurs et on serait tenté de le lui reprocher un peu s'il n'y mettait tant de bonne grâce.
Il est inutile d'analyser ici “le blé qui lève” nos lecteurs connaissent tous ce dernier livre de René Bazin. Il fera date dans l'œuvre de l'éminent académicien. Il marque un étape nouvelle, un pas en avant dans cette évolution constante et progressive de l'auteur des “Contes de Bonne Perrette” et de “Ma tante Giron” vers un réalisme plus profond et plus puissant. Les problèmes contemporains le sollicitent: il les aborde hardiment avec toute sa foi chrétienne et il les regarde avec une impartialité tranquille. “La vie morale d'un pauvre” est l'histoire de toute une classe ouvrière qui a faim et soif de la justice mais qui ne sait pas où puiser de quoi vivre. La question ouvrière n'est pas seulement une question de pain. Gilbert Cloquet en a fait à ses dépens l’expérience. Le syndicat, la hausse des salaires n'ont pas calmé les esprits. Le vieux bucheron entrevoit la solution sans la comprendre encore toute entière “Je te dis mon chagrin, Ravoux, ma pensée sur les camarades; eh bien! ils n'ont pas de quoi vivre!”. Il ne sait pas lui-même où puiser de quoi vivre. Il n'a pas su le donner à sa fille qui le ruine et le déshonore. “Ma pauvre Marie, toi non plus tu n'avais pas de quoi vivre et pourtant c'est moi qui t'ai élevée!”. Et quand il s'est enfui en Picardie à la ferme du Pain Fendu pour refaire sa vie, il se sent impuissant. Lui, le travailleur honnête et courageux, est terrassé par l’amour qui le prend pour la femme de son contre-maître. Il en fait tristement l'aveu à l'ami chrétien qui le recueille: “J'avais cru que je n'étais pas comme les autres, Hourmel, je suis comme eux: je n'ai pas de quoi vivre!” Conduit par son ami dans une maison de retraite belge à Fayt-Monaye, Gilbert trouve ce qu'il cherchait. Il songea au temps de la vigie quand la mère Cloquet attendait son gars tous les dimanches sur la plus haute marche de l'Église “j'ai mis bien du temps à venir, maman, dit-il, mais me voilà!”. Le cœur du bucheron simple et droit comme les grands chênes de la forêt, avait rencontré Dieu, il avait de quoi vivre.
Pendant ce temps s'achevait à Fonteneilles la vie morale d'un riche. Michel de Meximieu s'est débattu entre l'ouvrier qui repousse ses avances et son père, le général de Meximieu qui ne voit dans ses bois que le moyen de subvenir à ses besoins pécuniaires. Michel meurt de faiblesse, de chagrin, d'isolement; sa bonté et sa souffrance ont été fécondes. Des germes lèvent silencieusement et quand Gilbert revient se poser hardiment en face des meneurs, il se trouve des jeunes pour l'entourer et lui dire “M. Cloquet, je suis de votre bord”.
M. Mauriac met merveilleusement en relief l'inspiration chrétienne de ce roman, la pensée forte et profonde qui se dérobe sous la grâce légère du style. Il craindrait seulement que les retraites de Fayt-Monaye et les conversions de Gilbert Cloquet ne soient en France qu'un beau rêve. Qu'il se rassure. Le rêve est vrai. Il aurait pu se rendre l'automne dernier en Bretagne, dans un pélerinage où est particulièrement honoré le B. Grignon de Montfort, l'apôtre des humbles, il aurait vu des travailleurs de la terre, au nombre d'une vingtaine, suivre les exercices d'une retraite donnée à leur intention et au milieu d'eux, un membre de notre comité d'honneur qui siège à l’Académie française.
M. Hené Bazin nous pardonnera cette indiscrétion. Son roman est de ceux qui ouvrent des perspectives nouvelles et contribuent à faire grandir “le blé qui lève”.

Apparement vous ne disposez pas d'un plugin pour lire les PDF dans votre navigateur. Vous pouvez Télécharger le document.


Citer ce document

“Conférence Saint-Paul – Le blé qui lève,” Mauriac en ligne, consulté le 2 juillet 2022, https://mauriac-en-ligne.huma-num.fr/items/show/744.

Transcribe This Item

  1. BnF_Revue Montalembert_1908_01_25.pdf